Archives de catégorie : Corpus et outils de recherche

SourcEncyMe : nouveau design et accroissement de contenus

Le site web sourcencyme.irht.cnrs.fr, issu du projet du même nom, vient de faire peau neuve, grâce au travail de Mathilde Bougard et Alessio Capponi. L’ensemble du graphisme du site a été renouvelé, mais ce n’est pas tout : ce nouveau visuel est accompagné de nouvelles images associées à chaque encyclopédie, de la révision des fonctionnalités et des instructions-guides pour l’utilisateur, et d’un grand nombre de nouvelles données de contenu en matière de textes et de sources.

Apparence de l’ancien site SourcEncyMe (jusqu’au 22 oct. 2024)

Le projet SourcEncyMe (Sources des Encyclopédies Médiévales), de corpus des encyclopédies médiévales latines, lancé il y a déjà près de 15 ans, vise à reconstituer le patrimoine encyclopédique médiéval depuis la fin du 12e et jusqu’au début du 15e siècle, avec un accent certain sur « le siècle de l’encyclopédisme » entre 1180 et 1270. Pour ce faire, il donne un accès interrogeable en ligne, d’une part aux œuvres encyclopédiques, dont bon nombre n’étaient pas accessibles sous forme d’éditions ou de traductions jusque là, et d’autre part, à l’identification progressive de leurs sources. L’objectif qui le motive est de mettre en évidence les « autorités/auctoritates », c’est-à-dire les sources (auteurs et œuvres) utilisées par les auteurs de ces encyclopédies. Autrement dit, le but est de faire connaître et valoriser le patrimoine livresque intellectuel, scientifique, littéraire et théologique de cette époque, en permettant les comparaisons de contenus et de sources entre les différentes encyclopédies structurées par livres, chapitres et unités de citations signalées par un “marqueur de source” (= référence médiévale).

Les évolutions du site et des travaux du programme SourcEncyMe ont reçu le soutien du LabEx Hastec en 2021, 2022 et 2024, et de l’Equipex Biblissima+ en 2023 et 2024, ce qui a permis l’engagement pendant quelques mois, chacune de ces années, d’un ingénieur d’étude ; ces postes brefs ont été occupés par les docteurs en histoire ou en philologie Elisa Lonati, Eleonora Andriani, Paul Chaffenet, et Mara Calloni. L’IRHT qui héberge SourcEncyMe a également contribué, grâce au Pôle numérique et au travail d’informaticien d’Henri Seng, mais surtout au travail rigoureux et abondant d’Emmanuelle Kuhry, docteur en histoire, ingénieur de recherche en humanités numériques, et à la supervision d’Isabelle Draelants. Nous avons aussi financé certains stages de fin d’études de 2 à 4 mois pour des Masterants en humanités numériques de l’Ecole nationale des Chartes depuis 2020 : Etienne Ferrandi, Cécile Sajdak et Léo Trotin.

La rénovation technique entreprise ces dernières années a permis de passer d’un ensemble ancien de bases de donnée sui generis, devenu obsolète, à un corpus unifié en XML interopérable, dont les fichiers sont gérés dans une base de données XML native sous BaseX. D’autre part, en alternative à la plateforme collaborative que nous utilisions jusque là, un outil d’édition de textes et de balisage de leurs contenus a été créé, qui permet d’encoder directement en TEI. Tout chercheur peut prendre en mains facilement cet outil, fondé sur un prototype développé à la MSH de Caen. Il permet 1. La reprise de transcriptions ou l’édition de textes, 2. Le balisage de leurs références aux œuvres et auteurs (« marqueurs de sources »), 3. L’identification de leurs sources, c’est-à-dire du texte des segments de citations; 4. L’insertion d’annotations de chercheurs sur le texte. Nous devons le développement de l’outil de balisage à Emmanuelle Kuhry. Ce travail a été effectué au pôle numérique de l’IRHT avec l’aide informatique d’Henri Seng (pour en savoir plus, voir le billet de décembre 2023).

Par ailleurs, le corpus SourcEncyMe a bénéficié d’une mise à jour d’ampleur, résultat d’un travail collaboratif de longue haleine et d’un souci d’enrichissement et de pérennisation des données.

Enrichissement du corpus

Le corpus a été enrichi récemment par l’adjonction de nouveaux textes encyclopédiques, qui chacun ont été dotés de nouveaux mémentos comprenant les éditions de référence et des indications sur la nature de l’œuvre et son auteur :

  • Daniel de Morley, Philosophia (fin XIIe), dans l’édition de Gregor Maurach (1974).
  • Marcus d’Orvieto, Liber septiformis de moralitatibus rerum (c. 1300), dans l’édition de Gerard Etzkorn de 2005.
  • le Liber similitudinum naturalium de Konrad d’Halberstadt rédigé entre 1342 et 1344 et édité par Iolanda Ventura. L’intégration de l’identification des sources sera achevée avant la fin 2024.
  • Le Prohemium du Liber introductorius de Michel Scot (av. 1230), édition critique en cours d’Eleonora Andriani (qui sortira dans la collection Micrologus’ Library). L’intégration de l’identification des sources est prévue au cours de 2025.

Nous préparons en outre l’ajout :

  • Du De naturis rerum d’Alexandre Nequam (fin XIIe) dans l’édition de Thomas Wright (1898), le travail est quasiment achevé.
  • Du Viridarium de Jean Raynaud, dans l’édition inédite de Max Schmitz (2016).
  • Les chapitres musicaux du Liber introductorius(Liber quattuor distinctionum) de Michel Scot, dans l’édition de Chr. Meyer (2009)
  • L’Opusculum de naturis animalium d’un auteur cistercien anonyme, datable du tout début du 13e, et édité par Ombeline Fichant dans le cadre de sa thèse en cours de finition. Ce texte sera certainement en ligne dans un an.

Dans un futur assez proche, et en fonction des financements possibles, nous traiterons les textes suivants:

  • Le De naturis rerum du Pseudo John Folsham, dans l’édition de Dmitri Abramov (2003);
  • L’Experimentator édité par Janine Deus (2000), à compléter par la transcription des chapitres non édités ;
  • Les livres déjà édités de l’encyclopédie De proprietatibus rerum de Barthélemy l’Anglais : les livres I à IV sur Dieu et l’âme, le livre XVIII sur les pierres, le livre VIII sur le monde et l’astronomie, les livres XV sur la géographie et XVI sur les pierres, dont l’édition critique est en cours de finalisation.
  • L’édition – transcription faite par Hans Meier dans les années 1920, du Liber introductorius de Michel Scot, d’après l’exemplaire inédit déposé au Warburg Institute (voir à ce propos le billet de blog de l’enquête d’Eleonora Andriani).

Précisons : quand il s’agit d’éditions critiques qui ont fait l’objet d’une exploitation commerciale par un éditeur, seul le texte est mis en ligne, sans l’apparat critique, sauf quand l’accord a été pris préalablement avec l’auteur de l’édition critique.

Correction de la structuration des textes

Pour certaines encyclopédies  – en particulier celle de Giovanni di San Giminiano, très complexe et l’Historia naturalis de Juan Gil de Zamora -, la structuration de l’œuvre encyclopédique (la hiérarchie des subdivisions du texte par unités de citations) a été révisée complètement, ainsi que le découpage des unités de citations à autorités multiples, pour permettre leur identification individuelle.

Accroissement du nombre d’autorités et des ‘noms canoniques’ correspondants

Le nombre d’autorités, c’est-à-dire des sources, auteurs et œuvres citées dans le corpus encyclopédique a nettement augmenté à la suite de la croissance du corpus, chaque encyclopédiste utilisant des autorités un peu différentes : de 473 auteurs et 1469 œuvres en 2019, on est passé aujourd’hui à 562 auteurs et 1726 œuvres (+ une centaine en cours d’ajout).
Les encyclopédies médiévales indiquent souvent les références à leurs sources par ce que nous appelons un ‘marqueur de source’ comprenant un nom d’œuvre et/ou d’auteur. Pour ces œuvres et auteurs, des ‘noms canoniques’ (c’est-à-dire une forme standardisée de la référence médiévale), sont systématiquement créés. Ce ‘nom canonique’ est le point d’entrée pour relier toute autorité mentionnée à son ‘mémento’», c’est-à-dire à la fiche où sont données des indications comme sa date de rédaction, son auteur, ses versions, son édition moderne ou les manuscrits de base.

Dans la première phase de traitement d’une encyclopédie, on structure les citations et rattache les marqueurs des sources citées par le compilateur à un nom canonique. Lors de cette phase de travail, les sources ne sont pas encore identifiées, ce qui impose parfois de choisir le rattachement à une autorité « générique » (p. ex. De animalibus, ou De natura rerum) plutôt qu’à une œuvre ou une traduction précise qui ne pourra être identifiée que lors d’une phase ultérieure (p. ex. De animalibus Aristotelis, translationis Michael Scoti, ou De natura rerum Thomas Cantimpratensis). Cela nous a amenées d’une part à créer des noms « génériques » d’autorités (omnes, magistri, quidam, physiologi, philosophi, etc.) et d’autre part à ajouter, au nom d’œuvre, le génitif du nom de l’auteur, afin de pouvoir éviter toute ambiguïté ou synonymie. Ces opérations ont occasionné de nombreux changements d’étiquetage des autorités et un grand accroissement des ‘noms canoniques’.
Le nom canonique constituant la base de l’identifiant de chaque mémento, sa modification brise le lien entre le corpus et la base des mémentos. Il a donc été nécessaire de mettre à jour toutes les occurrences de ce lien dans les textes (parfois des milliers d’occurrences). Grâce à une nouvelle gestion de la base de données XML dans BaseX, adoptée ces trois dernières années, ces modifications ont pu être effectuées dans tous les textes du corpus en même temps, moyennant toutefois une requête individuelle (en XQuery) pour chaque nom à modifier.

Alignement des autorités avec les référentiels de Bibale (et dans le futur de Biblissima)

Nous avons réalisé l’alignement des autorités, avec le référentiel de Bibale (Resp. Hanno Wijsman ; BDD qui retrace l’histoire des collections anciennes de livres et de leurs possesseurs), lié au référentiel Biblissima. Ce travail a été réalisé en particulier grâce à un contrat de 2 mois pour Elisa Lonati en 2022, puis pour Paul Chaffenet en 2024. Nous avons d’abord traité les auteurs, puis les œuvres. La diversité de la manière dont un nom d’auteur ou d’œuvre peuvent être dénommés au Moyen Âge ou aujourd’hui par des chercheurs pose un gros problème de standardisation quand il s’agit de relier entre eux des référentiels qui adoptent des normes différentes. Parmi les autorités de SourcEncyme, les auteurs sont donc désormais consultables à partir de l’index « Personnes » de la base Bibale, en veillant à sélectionner l’option « Afficher tous les alignements ». Ce sera bientôt le cas aussi pour les œuvres que nous avons traitées.

La liste exhaustive des noms canoniques (auteurs et œuvres) en usage dans le corpus sera publiée sur le site et régulièrement mise à jour.

Liens avec la base ThEMA des exempla médiévaux (équipe ALHOMA)

En 2024, une collaboration a lié les corpus TheMA des exempla médiévaux et SourcEncyMe, avec le soutien du LabEx Hastec, pour :  

  • Le repérage croisé des exempla dans le corpus SourcEncyMe, en commençant par le Speculum historiale et l’Opusculum de naturis animalium ;
  • L’exploration des solutions d’automatisation des liens et des recherches croisées entre les deux corpus.

Dans le cadre de cette collaboration, une journée d’études a été co-organisée avec Marie-Anne Polo de Beaulieu en mai 2024 sur la « matérialité de l’exemplarité », à laquelle ont participé, entre autres, Elisa Lonati (voir plus bas).

Ombeline Fichant a enregistré sur TheMa les exempla de l’Opusculum de naturis animalium qui rejoindra bientôt le corpus SourcEncyMe, et les exempla de Jean de San Gimigniano ont également rejoint le corpus TheMa à partir d’extractions semi-automatiques du corpus SourcEncyMe.

Le stage de Léo Trotin, en Master à l’ENC en humanités numériques, s’est déroulé sur deux mois dans chacune des équipes. Pour SourcEncyMe, il a contribué à l’identification des récits exemplaires dans les encyclopédies, d’une manière semi-automatique. Ce processus pourra se poursuivre grâce au code XSL qu’il a développé. Pour ThEMA, il a enrichi la base avec de nouveaux exempla issus des encyclopédies, notamment en traitant intégralement deux oeuvres : le Speculum historiale de Vincent de Beauvais et la Summa de exemplis ac similitudinibus rerum de Giovanni da San Gimignano. Il a développé des codes (en OpenAccess sur Gitub) qui devraient permettre de traiter de la même manière les autres encyclopédies de SourcEncyMe qu’il n’a pas pu traiter pendant son stage. Désormais, un utilisateur de SourcEncyMe qui trouve un exemplum peut consulter la bibliographie associée, découvrir d’autres récits exemplaires sur les mêmes thèmes, ou encore accéder à des textes similaires. De son côté, l’utilisateur de ThEMA pourra plus facilement retrouver le texte intégral de l’encyclopédie et identifier la source de l’auteur de l’encyclopédie.

Le marquage des exempla dans le Speculum naturale a été effectué par Léo Trotin (semi-automatique) et par Mara Calloni (manuellement) dans l’encyclopédie de Jean de San Gimignano.

Enrichissement des identifications de sources

Elisa Lonati a travaillé sur l’identification des citations d’Hélinand de Froidmont dans le Speculum maius de Vincent de Beauvais et effectue en 2024 un post-doc dans l’équipe ALHOMA, avec l’objectif d’étudier les collections cisterciennes qui gardent trace d’un état préparatoire du Chronicon perdu d’Hélinand de Froidmont, et d’examiner les références au Mariale magnum de Vincent de Beauvais, et d’étudier son utilisation et la présence d’exempla dans le livre VIII du SH. Elle a identifié plus de 100 passages du Chronicon d’Hélinand dans le Speculum historiale, en particulier dans les livres 22, 24, 25, 26 (qui concernent l’histoire médiévale). Il s’agit de citations de Pierre Damien, du Pseudo-Turpin et autres autorités qui se retrouvent dans les exempla. Ces passages se retrouvent dans les collections cisterciennes, qui elles-mêmes dépendent de Vincent de Beauvais. Les passages tirés de Guillaume de Malmesbury seront examinés par la suite. Le travail se poursuit et portera également sur les très nombreux passages de la Chronique de Sigebert de Gembloux chez Vincent de Beauvais. 
Par ailleurs, un grand nombre de citations des Speculum historiale et naturale ont été identifiés, qui proviennent de l’Historia naturalis de Pline et du Liber de natura rerum  de Thomas de Cantimpré.

L’identification des sources du Liber de similitudinibus de Konrad d’Halberstadt est en cours d’enregistrement par Mara Calloni, sur la base de l’édition de Iolanda Ventura.

L’ensemble de ce travail a été mené grâce à une collaboration soutenues et des réunions de travail régulières animées par Isabelle Draelants.

 

Les progrès de SourcEncyMe (Sources des Encyclopédies Médiévales, Corpus des encyclopédies médiévales latines avec identification de leurs sources)

Valenciennes, BM 320, f.3. Mestre qui sestudie (Thomas de Cantimpré)

Après le changement fondamental que constituait le passage, entre 2019 et 2021, d’une base de données relationnelles, devenu obsolète, à un corpus unifié en XML et un outil de balisage, le corpus SourcEncyMe (présentation du programme) a vu cette année l’aboutissement de plusieurs mises à jour d’ampleur, résultat d’un travail collaboratif de longue haleine et d’un souci constant de maintien, d’enrichissement et de pérennisation des données :

  • l’achèvement d’un outil de balisage pour les collaborateurs, qui vient se substituer à l’ancienne plate-forme collaborative en ligne et représente un changement de méthode fondamental.
  • l’enrichissement du corpus des encyclopédies par l’adjonction des textes suivants :
    • Daniel de Morley, Philosophia (fin XIIe s.)
    • Marcus d’Orvieto, Liber septiformis de moralitatibus rerum (c. 1300)
    • le De naturis rerum d’Alexandre Nequam (fin XIIe s.) sera ajouté incessamment
  • l’accroissement du nombre d’autorités (c’est-à-dire des sources, auteurs et œuvres) : de 473 à 541 auteurs, et de 1469 à 1706 œuvres ;
  • la révision de toutes les autorités : création de nouvelles formes standardisées (« noms canoniques »), désambiguïsation des autorités existantes et réfection des liens vers les références médiévales faites par les encyclopédistes (« marqueurs de sources ») ;
  • la correction de la structuration du corpus et le découpage des autorités multiples (cas de l’Historia naturalis de Juan Gil de Zamora) ;
  • l’alignement des autorités, pour les auteurs, avec le référentiel de Bibale, lié au référentiel Biblissima (les œuvres seront traitées en 2024).
  • de nouvelles perspectives (voir en bas de page).

Ces diverses améliorations, menées à l’Institut de recherche et d’histoire des textes (section latine et pôle numérique), ont eu le soutien du LabEx Hastec et de l’EquipEx Biblissima.

Réalisations de l’année 2023

Sources et autorités : mise à jour des mémentos œuvre et auteur

Les encyclopédies médiévales indiquent souvent les références à leurs sources par ce que nous appelons un « marqueur de source », qui comprend un nom d’œuvre et/ou d’auteur cité. En 2022, la base des mémentos comprenait 473 auteurs et 1469 œuvres. En plus de la forme sous laquelle ces autorités sont mentionnées dans les encyclopédies, elles ont été dotées d’un nom latin standardisé (appelé par convention « nom canonique »). L’inclusion de nouveaux textes imposait non seulement la création de nouvelles autorités standardisées, mais aussi la révision des anciennes pour éviter les ambiguïtés et les synonymies, l’accroissement du corpus et des mémentos ayant pour conséquence la présence, dans le corpus, d’œuvres au nom parfois équivoque. Dans la première phase d’annotation du corpus, on structure les citations et rattache les marqueurs des sources citées par le compilateur à un nom canonique. Lors de cette phase de travail, les sources ne sont pas encore identifiées, ce qui impose parfois de choisir le rattachement à une autorité « générique » (p. ex. De animalibus, ou De natura rerum) plutôt qu’à une œuvre ou une traduction précise qui ne pourra être identifiée que lors d’une phase ultérieure (p. ex. De animalibus Aristotelis, translationis Michael Scoti, ou De natura rerum Thomas Cantimpratensis). Ces deux facteurs nous ont amenées d’une part à créer des noms « génériques » d’autorités et d’autre part à ajouter, au nom d’œuvre précis nécessaire lors de l’identification, le génitif du nom de l’auteur, afin de pouvoir l’identifier sans ambiguïté.

La base « mémentos » compte à présent 541 auteurs et 1706 œuvres. La correction des noms canoniques correspondants a imposé la mise à jour quasiment manuelle de toutes les références du corpus de textes, c’est-à-dire la révision des « marqueurs de source » médiévaux standardisés et de leur lien vers le nom canonique (travail effectué en grande partie par E. Kuhry). En effet, le nom canonique constituant la base de l’identifiant de chaque mémento, sa modification brise le lien entre le corpus et la base des mémentos (ce lien est matérialisé par la valeur d’un attribut pointeur @ref ou @target, dont le contenu correspond à l’expression numérique du nom canonique). Il a donc été nécessaire de mettre à jour toutes les occurrences de ce lien dans les textes, ce qui représente parfois, dans les très longs textes du corpus comme les Specula de Vincent de Beauvais, des milliers d’occurrences. Grâce à une nouvelle gestion de la base de données XML dans BaseX, adoptée ces trois dernières années (2020-2023), ces modifications ont pu être effectuées dans tous les textes du corpus en même temps, moyennant toutefois une requête individuelle (en XQuery) pour chaque nom à modifier.

Alignement des autorités : auteurs

La correction des noms canoniques a été réalisée en parallèle d’une entreprise d’alignement des noms d’auteur avec les autorités déjà présentes dans la base de données Bibale (resp. Hanno Wijsman, IRHT), qui retrace l’histoire des collections anciennes de livres et de leurs possesseurs. Le travail a été réalisé par Elisa Lonati. Parmi les autorités de SourcEncyme, les auteurs sont donc désormais consultables à partir de l’index « Personnes » de la base Bibale, en veillant à sélectionner l’option « Afficher tous les alignements ».

Ajout de textes au corpus

Les textes suivants ont été ajoutés au corpus, grâce au travail de plusieurs stagiaires et post-doctorant(e)s successifs (Étienne Ferrandi, ENC, Cécile Sajdak, ENC, Eleonora Andriani, IRHT) :

  • Daniel de Morley, Philosophia (fin XIIe s.)
  • Marcus d’Orvieto, Liber septiformis de moralitatibus rerum (c. 1300)

La structure du texte de Juan Gil de Zamora, Historia naturalis (fin XIIIe s.), et le découpage de ses autorités ont été révisés fondamentalement.

Le texte du De naturis rerum d’Alexandre Nequam (c. 1200) a été transformé et complètement encodé, mais sa structure particulière (notamment les marginalia) pose des problèmes spécifiques qui demandent davantage de travail et une adaptation de l’outil de mise en ligne : sa publication interviendra dans les prochaines semaines.

Établissement d’un workflow pour la structuration et l’annotation du texte

Entre 2019 et 2021, le workflow du projet a évolué pour passer d’un balisage via une plateforme collaborative, aujourd’hui obsolète, et un stockage des fichiers XML TEI sous forme de fragments dans une base de données relationnelle, à un encodage direct en TEI via un environnement de balisage, et à une gestion des fichiers dans une base de données XML native sous BaseX. Ce travail a été effectué au pôle numérique de l’IRHT (Henri Seng, Emmanuelle Kuhry). Plusieurs billets de blog ont été consacrés à ce sujet en 2020 et 2022. Une communication d’I. Draelants et E. Kuhry lors du colloque des 10 ans du consortium CAHIER en 2022 a fait l’objet d’une publication aux Éditions des archives contemporaines.

Perspectives

Alignement des autorités : œuvres

Dans le prolongement du travail réalisé sur les noms canoniques « auteur », les noms canoniques « œuvre » feront l’objet d’un alignement avec les autorités de la base Bibale, destinée à héberger de manière centralisée l’ensemble des autorités des projets de l’Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT).

Accroissement du corpus

De nouveaux textes encyclopédiques médiévaux viendront progressivement s’intégrer au corpus :

  • le prologue du Liber introductorius de Michel Scot (éd. E. Andriani) ;
  • les livres musicaux du Liber introductorius de Michel Scot (éd. Chr. Meyer);
  • la Summa de exemplis du dominicain Jean de San Giminiano (c. 1300), actuellement en ligne sans lien vers les noms canoniques : les liens sont à créer entre les marqueurs de sources et les noms canoniques de la base des mémentos ;
  • le Viridarium de Jean Raynaud (fin XIVe s.) (éd. critique par Max Schmitz, dont l’édition du Tractatus de naturis animalium d’Engelbert d’Admont est déjà en ligne au sein du corpus SourcEncyMe)
  • l’Opusculum de naturis animalium (c. 1200) (éd. critique par O. Fichant)
  • l’anonyme Experimentator (déb. XIIIe s.) (éd. J. Deus et compléments par transcription)
  • le Liber de naturis rerum du Ps-John Folsham (XIIIe s.) (éd. D. Abramov et compléments par transcription)

Ces deux derniers textes constituent eux-mêmes des sources immédiates de plusieurs des encyclopédies déjà traitées.

Liens avec la base ThEMA des exempla médiévaux

En 2024, une collaboration unira les corpus TheMA et SourcEncyMe pour :

  • Le repérage croisé des exempla dans le corpus SourcEncyMe, en commençant par le Speculum historiale et l’Opusculum de naturis animalium ;
  • Explorer les solutions d’automatisation des liens et des recherches croisées entre les deux corpus.

Rédaction et révision de la documentation utile

Un nouveau vademecum pour les utilisateurs de SourcEncyMe est prévu, ainsi qu’un manuel pour les collaborateurs qui interviennent à différentes phases de structuration, d’encodage et d’identification des textes. À cet effet, la liste exhaustive des noms canoniques (auteurs et œuvres) sera publiée sur le site du corpus et régulièrement mise à jour.

Une révision du Plan de gestion de données du projet est également à l’ordre du jour.

Intégration dans le portail d’édition électronique de l’IRHT

En 2024, l’IRHT inaugurera une nouvelle ressource numérique : le portail des éditions électroniques de sources encodées en XML TEI du laboratoire. Le corpus SourcEncyMe s’intègrera dans ce portail qui fournira, outre les liens vers les éditions, l’accès aux outils et méthodologies utilisés.

(I. Draelants et E. Kuhry, décembre 2023)

Le livre III “De plantis” du “Compendium philosophiae” ajouté au corpus SourcEncyMe

Le corpus des encyclopédies médiévales SourcEncyMe (Sources des Encylopédies Médiévales) compte désormais un nouveau texte mis en ligne: l’édition critique, effectuée par Emmanuelle Kuhry, du livre III sur les plantes de la Compilatio de libris naturalibus Aristotilis et aliorum quorumdam philosophorum de rerum natura, appelé couramment Compendium philosophiae. Cette encyclopédie, qui s’assimile à une sorte de commentaire suivi des livres aristotéliciens, et fait grand usage des toutes premières gloses sur les Libri naturales d’Aristote, est restée en grande partie inédite suite à l’étude que lui avait consacré en 1936 Michel De Bouärd (qui en avait édité environ un septième). Emmanuelle Kuhry lui a consacré sa thèse de doctorat (janv. 2014), en mettant au jour les quatre versions du texte, deux longues et deux courtes, toutes bien diffusées en milieu cistercien dès le milieu du XIIIe siècle. 

Cf. E. Kuhry, « La tradition textuelle du Compendium philosophie : une illustration des échanges culturels dans le monde monastique anglais », Tabularia, sources de la Normandie médiévale, « Études », 14, 2014, p. 235-270. 
E. Kuhry, « Les différentes versions du Compendium philosophie ou Compilatio de libris naturalibus Aristotelis, une encyclopédie du XIIIe siècle », Spicæ, Cahiers de l’Atelier Vincent de Beauvais, Nouvelle série, 1, 2011, p. 51-77.

D’autres livres de la Compilatio de libris naturalibus viendront s’ajouter au corpus SourcEncyMe, qui vise à identifier les sources des encyclopédies latines médiévales. Le livre III De plantis verra ainsi bientôt ses sources identifiées. Pour la presque totalité, il s’agit de passage du “De plantis” pseudo-aristotélicien attribué à Nicolas de Damas.

Cf. « The Compilatio de libris naturabilus Aristotelis (Compendium philosophie): Evidence for the Early Reception of the Glossa anglicana and of Adam of Buckfield’s Commentaries », Recherches de Théologie et de Philosophie Médiévales86, 2, 2019, p. 283-313.

Nouvelle édition, en ligne, des versions auctoriales du “Liber de natura rerum” de Thomas de Cantimpré

Liber de natura rerum, Ms. London, British Libr., Harley 3717, f. 1r

Le projet SourcEncyMe (Sources des Encyclopédies Médiévales) progresse!

Page de consultation du Liber de natura rerum sur SourcEncyMe

Nous avons le plaisir de vous annoncer deux grandes avancées de ce corpus latin dont l’objectif est la caractérisation du patrimoine intellectuel des encyclopédies médiévales par l’identification de leurs sources :

La mise en ligne des versions « auctoriales » du Liber de natura rerum de Thomas de Cantimpré
(c’est-à-dire les stades de rédaction de l’encyclopédie que H. Boese avait édité comme « versions I et II »), sous la forme d’une nouvelle édition critique par Mattia Cipriani. Cette édition distingue quatre stades de rédaction d’auteur, d’après quatre manuscrits principaux.

Liber de natura rerum, Ms Brugge, Stadbibl. 410, f. 4v

Lidentification complète de toutes les sources du Liber de natura rerum,
c’est-à-dire près de 170 sources différentes, principalement de philosophie naturelle et de médecine, mises en œuvre par le compilateur pour la rédaction de son encyclopédie. Ses interventions d’auteur ont également été mises en évidence par le travail de M. Cipriani. Ce travail d’identification porte à retarder la datation de la rédaction du Liber jusqu’aux années 1250.

Liber de natura rerum, Ms. London, British Libr., Harley 3717, f. 2r

Ce travail a été réalisé durant un séjour post-doctoral financé par le LabEx Hastec à l’Atelier Vincent de Beauvais, au sein de l’Institut de recherche et d’histoire des textes à Paris, sous la supervision d’Isabelle Draelants.

NB : Le texte de ces versions du Liber de natura rerum fera encore l’objet de modifications, légères, du point de vue de certains choix de leçons critiques, de la ponctuation et de la mise en évidence de certains ajouts de la main du compilateur, avant la publication de l’édition critique définitve. En outre, il arrive que les éditions utilisées pour l’identification de certaines sources ne soient pas toujours les éditions de référence, mais les renvois aux éditions de référence pour chaque source y seront substituées peu à peu pour correspondre à celles qui seront utilisées pour l’apparat de l’édition critique définitive.

Le site SourcEncyMe donne également accès à la version tardive « Thomas III. » de l’encyclopédie naturelle de Thomas de Cantimpré, dans le texte critique établi avant 1993 par K. Vollmann et H. Hünemörder.
Après la reprise de ce travail, l’édition définitive de cette version par Rudolf K. Wiegand, J. Deus et H. Ulmschneider vient de paraître chez Reichert (coll. Wissensliteratur im Mittelalter, 54.1). 

SourcEncyMe (Sources des Encyclopédies Médiévales)

Paris, Bibliothèque de la Sorbonne, ms. 53, f. 1.

Paris, Bibliothèque de la Sorbonne, ms. 53, f. 1.

La compilation scientifique et philosophique dans les encyclopédies latines médiévales : Textes et sources – Constitution d’un corpus annoté en ligne des encyclopédies médiévales latines

Le programme SourcEncyMe (Sources des Encyclopédies diévales) est consacré à l’histoire de la transmission des textes grecs, arabes et latins de la pensée philosophique/scientifique, théologique et historique véhiculées dans les compilations encyclopédiques latines au XIIIe siècle et au-delà. Continuer la lecture